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Une IA explicable au service de la santé : une révolution en puissance

De la même manière que l'électricité et les télécommunications ont transformé les grandes industries à la fin du XIXe siècle, l'intelligence artificielle (IA) a le potentiel de changer radicalement l'économie et la société dans un avenir proche. Les algorithmes d'IA ont d’ailleurs déjà commencé à révolutionner le mode de fonctionnement de nombreuses entreprises. Cependant, dans de nombreux domaines, certaines limites et inconvénients bien connus de ces technologies, relatives notamment à leur interprétabilité, explicabilité, robustesse, ou encore à la reproduction de biais discriminatoires, empêchent encore la pleine réalisation de leur potentiel. « Ces obstacles prennent une ampleur particulièrement importante dans le domaine de la santé, explique Thomas Lukasiewicz, professeur en informatique à l'université d'Oxford. Un diagnostic erroné peut conduire à un traitement inadapté, dont les conséquences peuvent être dramatiques ». Expert de l’apprentissage machine (machine learning), le Pr. Lukasiewicz est le lauréat d’une chaire AXA portant sur l’intelligence artificielle explicable et ses applications dans le domaine de la santé. L'objectif du programme de recherche est de développer une nouvelle génération de technologies d'IA, appelées systèmes neuro-symboliques (neural-symbolic AI systems), adaptées aux exigences spécifiques du domaine de la santé. L'objectif à long terme est de réduire considérablement les coûts des services de santé, d'en améliorer l’accès et d'augmenter la durée de vie et le bien-être des personnes. Un aspect crucial du projet sera la possibilité d’expliquer les résultats obtenus grâce à ces nouvelles technologies.
Ces dernières années ont vu des avancées significatives dans le domaine de l'IA, notamment en raison d'énormes progrès en matière d'apprentissage profond (deep learning). Cette technologie avancée d'apprentissage machine, basée sur des réseaux neuronaux, montre des résultats révolutionnaires dans une multitude d’applications pratiques, tels que les systèmes de reconnaissance vocale et les assistants vocaux, mais aussi l’analyse d’image, ou encore les véhicules sans chauffeur. Les réseaux neuronaux tentent d'imiter la façon dont le cerveau humain traite les données et crée des schémas d’analyse pour la prise de décision. Cependant, leur fonctionnement interne est si complexe que les liens fonctionnels qui unissent les données entrantes et les données sortantes restent encore obscures. « Les réseaux neuronaux sont généralement ce qu’on appelle des ‘boîtes noires’, ce qui veut dire qu’elles sont difficilement interprétables et explicables, explique le Pr. Lukasiewicz. Nous ne savons généralement pas quels nœuds de réseau correspondent à quelle signification, et nous ne savons pas encore retracer ni expliquer en des termes intelligibles par l'homme la source précise d'un résultat calculé ». Ce manque de transparence empêche une surveillance attentive, ainsi que la responsabilisation des opérateurs. Le problème est d’autant plus préoccupant lorsque ces systèmes sont appliqués dans le cadre de processus décisionnels ayant un impact sur la santé des personnes, comme c'est le cas en médecine. Comme le souligne le titulaire de la chaire, ce problème est également souligné par le Règlement Général pour la Protection des Données, une directive de l’Union Européenne. « Entre autres choses, ce règlement met en avant le droit à l'explication pour les utilisateurs touchés par des décisions algorithmiques ». Outre leur manque d’explicabilité, « les technologies d'apprentissage profond sont également difficiles à interpréter, elles peuvent être biaisées et/ou présenter des problèmes de robustesse ».

Développer des technologies fiables : un nouveau paradigme pour l'IA

Ces limites devenant de plus en plus évidentes, les experts en IA ont exprimé le besoin d'un nouveau paradigme, appelé par certains "la troisième vague". Les trois vagues de l'IA font référence à des étapes consécutives d’amélioration des capacités de l’IA. Selon cette division, nous vivons actuellement la deuxième vague, dominée par les technologies d'apprentissage machine (machine learning), et surtout d’apprentissage profond (deep learning). « Il est communément admis (tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la communauté du deep learning) que certains progrès en matière d'IA ne peuvent être réalisés qu'en combinant ces technologies d'apprentissage statistique avec d'autres technologies d'IA, rapporte le Pr Lukasiewicz. Plus précisément, la troisième génération devrait s'appuyer à la fois sur les systèmes d'IA de la première vague (systèmes basés sur des règles ou sur la logique) et sur les systèmes de la deuxième vague. Le raisonnement qui sous-tend cette approche se base sur le fait que les deux vagues de systèmes d'IA présentent des forces et des faiblesses complémentaires en ce qui concerne les différentes dimensions de ce qu’on appelle l'intelligence. Pour faire simple, la première, qui repose sur des connaissances fabriquées par l’homme, est particulièrement performante en matière de raisonnement, mais n'a pas de capacité d'apprentissage et gère mal l'incertitude. Les systèmes de la "deuxième vague", en revanche, qui sont basés sur l'apprentissage statistique, « ont des capacités de classification et de prédiction nuancées ». Ils sont bons en matière de perception et d'apprentissage. « Il est donc tout naturel de les combiner, résume le titulaire de la chaire, pour en créer une nouvelle, que nous appelons aussi systèmes d'IA neuro-symboliques ».

En s'appuyant sur les connaissances du Dr. Lukasiewicz en matière d’IA explicable et de réseaux neuronaux, ainsi que sur l'expertise médicale de pointe du département des sciences médicales d'Oxford, l'équipe de recherche impliquée dans le projet va pouvoir développer des systèmes qui « possèdent un encodage interprétable de connaissances basées sur la logique et une sémantique vérifiable, explique le porteur de la chaire. Ils permettront de répondre à des questions et d'effectuer des analyses dans le domaine de la santé sur la base d'un raisonnement logique explicable. L’incorporation de règles basées sur des connaissances spécifiques au domaine va permettre de venir compléter le processus d'extraction des données, de sorte que le processus d'apprentissage ne nécessite plus ces énormes quantités de données. En outre, l’utilisation de technologies d'apprentissage profond va permettre la construction de systèmes adaptables et généralisables, hautement évolutifs et tolérant aux incohérences et à ce qu’on appelle le bruit ».

L’IA revêt un potentiel formidable dans le domaine de la santé. « Il s’étend de la prévention des maladies et de leur détection précoce à la conception de nouveaux produits pharmaceutiques et de traitements optimisés, en passant par un diagnostic de meilleure qualité, ou encore plus abordable », insiste le Pr. Thomas Lukasiewicz. En ce sens, les résultats attendus de ce programme de recherche seront précieux à la fois pour les communautés de l’IA et de la santé. En dépassant les limites des systèmes actuels d'IA, y compris - mais pas seulement - l'opacité, les technologies développées permettront en effet de générer de nouvelles connaissances et de nouveaux progrès médicaux. Pour le secteur de l'assurance, ils aideront à prédire de manière plus précise les risques pour la santé et ainsi, à mieux les prévenir.

Thomas
LUKASIEWICZ

Institution

University of Oxford

Country

United Kingdom

Nationality

German

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